La plupart des enseignants n’ont pas besoin de plus d’applications. Ils ont besoin d’une méthode fiable pour décider quel outil vaut le temps investi, et lequel sera oublié après deux cours. De nouvelles plateformes apparaissent chaque mois et les licences des écoles changent.
Cet article aborde les outils numériques éducatifs du point de vue de l’enseignant : ce qu’ils sont, comment en choisir un à partir de votre objectif d’apprentissage, et comment utiliser les TIC en classe sans ajouter des heures à votre semaine. Il s’appuie sur le cadre européen de la compétence numérique des éducateurs et sur le rapport mondial de l’UNESCO sur les technologies dans l’éducation.
Que sont les outils numériques éducatifs (TIC) ?
Les outils numériques éducatifs, ou outils TIC (technologies de l’information et de la communication), sont les technologies numériques que les enseignants et les apprenants utilisent pour rechercher, créer, partager et évaluer des connaissances : appareils, logiciels, plateformes en ligne et assistants d’IA. Bien utilisées, les TIC sont un outil au service de l’enseignement et de l’apprentissage, pas une fin en soi : elles doivent rendre une activité d’apprentissage précise possible, plus rapide, plus accessible ou plus motivante qu’elle ne le serait sans elles.
En pratique, les « TIC » recouvrent des choses très différentes : un document partagé dans lequel un groupe écrit ensemble, un quiz en ligne qui vous montre en temps réel qui a compris, une plateforme d’apprentissage où vous rangez supports et devoirs, ou un chatbot d’IA qui vous aide à rédiger des exercices différenciés.
Pourquoi l’objectif d’apprentissage doit-il passer avant l’outil ?
Parce qu’un outil choisi pour sa nouveauté finit généralement par façonner le cours au lieu de le servir. Le Cadre européen pour la compétence numérique des éducateurs (DigCompEdu), élaboré par le Centre commun de recherche de la Commission européenne, décrit 22 compétences réparties en six domaines. Dans le domaine des ressources numériques, la toute première compétence demande aux éducateurs de prendre en compte « l’objectif d’apprentissage spécifique, le contexte, l’approche pédagogique et le groupe d’apprenants » lorsqu’ils sélectionnent des ressources numériques et planifient leur utilisation.

Le Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2023 de l’UNESCO, Les technologies dans l’éducation : qui est aux commandes ?, aboutit à une conclusion similaire du point de vue des politiques publiques. Il relève que l’on manque de preuves solides, rigoureuses et impartiales de la valeur ajoutée de la technologie pour l’apprentissage, et pose quatre questions avant d’introduire toute technologie : est-elle appropriée, est-elle équitable, peut-elle être déployée à grande échelle, est-elle durable ?
Pour un enseignant, cela se traduit par une habitude simple : notez ce que les élèves doivent être capables de faire à la fin de l’activité, et seulement ensuite demandez-vous si un outil numérique les aide à y parvenir.
Comment choisir un outil numérique pour votre classe ?
Une fois l’objectif clair, cinq critères vous aident à comparer rapidement les options. Inutile d’avoir une grille d’évaluation formelle : quelques minutes avec ces questions suffisent généralement.
- Objectif d’apprentissage. L’outil soutient-il précisément ce que les élèves doivent faire (s’entraîner, discuter, créer, expliquer, être évalués) ? Si vous pouvez atteindre le même objectif aussi bien avec du papier, l’outil doit se justifier autrement, par exemple en faisant gagner du temps ou en touchant les élèves absents.
- Accessibilité et inclusion. Tous les élèves peuvent-ils l’utiliser, y compris les élèves à besoins éducatifs particuliers, ceux qui ont des appareils anciens ou une connexion lente, et ceux qui sont moins à l’aise avec la technologie ? DigCompEdu fait de l’accessibilité une compétence à part entière : garantir l’accès aux ressources et aux activités d’apprentissage pour tous les apprenants, et répondre à leurs contraintes physiques ou cognitives dans l’utilisation des technologies numériques.
- Confidentialité et protection des données. Quelles données l’outil collecte-t-il, où sont-elles stockées, et votre école l’autorise-t-elle ? Dans l’UE, le RGPD s’applique aux données personnelles des élèves, et le délégué à la protection des données ou le référent numérique de votre école doit être votre premier contact. Le rapport de l’UNESCO donne une raison d’être prudent : une analyse qu’il cite a montré que 89% de 163 produits de technologie éducative pouvaient surveiller les enfants, et seuls 16% des pays garantissent par la loi la confidentialité des données dans l’éducation.
- Charge de travail pour l’enseignant. Combien de temps vous faudra-t-il pour l’apprendre, le configurer et le maintenir ? Un outil qui exige un nouveau compte pour chaque élève, ou un nouveau jeu de supports pour chaque cours, peut coûter plus de temps qu’il n’en fait gagner. Les outils pour lesquels votre école dispose déjà d’une licence sont souvent le choix le plus durable.
- Assessment. L’outil vous aide-t-il à voir ce que les élèves ont appris ? DigCompEdu décrit l’utilisation des technologies numériques pour l’évaluation formative et sommative, ainsi que l’enrichissement de la diversité et de la pertinence des formats d’évaluation. Un bon outil vous donne des éléments sur lesquels agir, pas seulement une note.
Si un outil échoue sur l’accessibilité ou la confidentialité, abandonnez-le, aussi séduisant soit-il.
Quels types d’outils numériques pour quels objectifs ?
Plutôt qu’une liste de marques qui sera dépassée l’an prochain, il est utile de raisonner par catégories et d’associer chacune à un objectif pédagogique :
- Outils de quiz et de sondage pour la pratique de la récupération en mémoire et la vérification en temps réel de la compréhension. Google Forms, par exemple, peut transformer un court quiz autocorrigé en ticket de sortie.
- Documents et tableaux blancs collaboratifs pour l’écriture en groupe, le brainstorming et l’évaluation par les pairs. Des Google Docs ou Slides partagés et des murs collaboratifs en ligne permettent à un groupe de construire ensemble un seul produit et vous laissent voir la contribution de chaque élève.
- Plateformes d’apprentissage en ligne (LMS) pour organiser supports, devoirs et retours en un seul endroit. Google Classroom, qui fait partie de Google Workspace for Education, est un point d’entrée courant pour les écoles.
- Outils de création vidéo et multimédia pour des projets où les élèves expliquent une notion, documentent une expérience ou racontent une histoire.
- Plateformes d’apprentissage par le jeu pour la motivation et l’entraînement, à utiliser de préférence pour des activités courtes et ciblées plutôt que comme cœur d’un cours.
- AI assistants comme ChatGPT, Claude et Gemini, pour préparer des cours, générer des exemples à différents niveaux et rédiger des retours. Ils exigent des règles claires de l’école sur l’usage et les données, ainsi que votre jugement professionnel sur chaque résultat. Nos guides sur ChatGPT pour les enseignants et Préparer ses cours avec l'IA approfondissent le sujet.
La plupart des enseignants finissent par garder un petit noyau d’outils : une plateforme pour organiser le travail, un outil pour les vérifications rapides, un autre pour la collaboration. Cette stabilité est un atout : les élèves apprennent les outils une fois, puis se concentrent sur le contenu.
Comment utiliser les outils numériques en classe sans vous surcharger ?
Même le bon outil peut devenir un fardeau s’il arrive d’un seul coup. Quelques pratiques permettent de garder l’enseignement avec les TIC gérable :
- Introduisez un seul outil à la fois et utilisez-le plusieurs fois avant d’en ajouter un autre, afin que vous et vos élèves preniez vos habitudes.
- Commencez par des activités sans enjeu, comme un quiz d’échauffement ou un brainstorming partagé, avant d’utiliser un outil pour un travail noté.
- Prévoyez les pannes: prévoyez une solution papier ou hors ligne pour le cas où la connexion tombe ou un appareil ne fonctionne pas.
- Enseignez l’outil, brièvement: une démonstration de deux minutes et une courte tâche d’entraînement évitent beaucoup de confusion par la suite.
- Partagez avec vos collègues: convenez d’un ensemble d’outils communs au sein de votre équipe pédagogique, pour que les élèves n’aient pas à apprendre une plateforme différente dans chaque matière.
- Parlez d’un usage sûr et responsable: les mots de passe, le partage, le temps d’écran et la conduite à tenir quand quelque chose tourne mal font partie de la compétence numérique. Notre article sur la cybersécurité pour les enseignants présente les principaux risques.

Le but n’est pas d’utiliser la technologie à chaque cours, mais de l’utiliser là où elle apporte clairement quelque chose, comme l’explique notre article sur le rôle des médias numériques dans l’éducation.
Que disent les cadres européens sur les compétences numériques des enseignants ?
Choisir et utiliser des outils numériques est désormais reconnu comme une compétence professionnelle essentielle. Sur sa page consacrée au Plan d’action en matière d’éducation numérique 2021-2027, la Commission européenne indique que moins de 40% des éducateurs de l’UE se sentaient prêts à utiliser les technologies numériques dans l’enseignement (selon des données de l’OCDE de 2018), et que les enseignants ont besoin de davantage de formation pour utiliser efficacement les outils numériques. Le rapport de l’UNESCO ajoute que seule la moitié des pays disposent actuellement de normes pour développer les compétences TIC des enseignants.
DigCompEdu offre un moyen pratique de réfléchir à votre propre pratique. Ses six domaines sont l’engagement professionnel, les ressources numériques, l’enseignement et l’apprentissage, l’évaluation, l’autonomisation des apprenants et le développement de la compétence numérique des apprenants. Le JRC le présente comme un cadre de référence plutôt que comme une liste de contrôle : vous pouvez l’utiliser pour repérer le domaine dans lequel vous vous sentez le moins à l’aise et planifier votre développement professionnel à partir de là.
Notre expérience chez ELA
Dans notre cours Intégrer les TIC, les nouvelles technologies et les outils d'IA dans l'enseignement et l'éducation, les participants travaillent concrètement avec des plateformes web et des outils collaboratifs, l’évaluation en temps réel, l’apprentissage par le jeu, le multimédia et l’IA pour préparer les cours, et s’exercent à choisir des outils adaptés à leur matière et à l’âge de leurs élèves. Apprendre en faisant, avec des collègues d’autres pays européens, c’est ce qui fait la différence de retour à l’école. Comme l’a dit un participant lituanien : « J’ai particulièrement apprécié la possibilité non seulement de découvrir de nouveaux outils numériques et d’IA, mais aussi de les essayer en pratique. » (Darius Dudutis, Lituanie). Une autre participante a écrit : « J’ai commencé à utiliser certains outils TIC avec mes élèves à mon retour et je suis vraiment ravie de l’enthousiasme de mes élèves. » (Maria Chonkova, Bulgarie). Pour toutes nos formations sur l’enseignement numérique et l’IA, consultez les formations Erasmus+ numérique et IA pour enseignants.
Sources
- Redecker, C. et Punie, Y., Cadre européen pour la compétence numérique des éducateurs : DigCompEdu, Centre commun de recherche, Office des publications de l’Union européenne, 2017 ; descriptions des compétences sur la page du cadre DigCompEdu du JRC.
- Commission européenne, Plan d’action en matière d’éducation numérique (2021-2027).
- UNESCO, L’UNESCO lance un appel urgent en faveur d’un usage approprié des technologies dans l’éducation, à propos du Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2023 Les technologies dans l’éducation : qui est aux commandes ?, July 2023.
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